La France compte l’un des taux d’absentéisme les plus importants en Europe, signe d’un malaise profond dans le monde du travail, évoqué aujourd’hui à Lyon lors d’un colloque
«Il y a un malaise dans le monde du travail. » Comme ses collègues médecins du travail, le Dr Alain Comte, de la CFE-CGE, est de plus en plus confronté à la « souffrance mentale » des salariés. Conséquence : la France a aujourd’hui le taux d’absentéisme le plus élevé (4,5 %) en Europe.
A l’occasion de la présentation d’un colloque sur la santé au travail, organisé aujourd’hui à Lyon pour les professionnels, le Dr Comte évoquait récemment une étude de l’Observatoire du stress de la CFE-CGC (2005) d’où il ressort : un « sentiment d’accroissement excessif de la charge et du rythme de travail », « des objectifs à atteindre non réalistes au regard des moyens fournis », « un sentiment net de non reconnaissance des efforts fournis », ou encore « le souhait de quitter l’entreprise à cause du stress excessif ».
Ainsi, les médecins du travail sont « frappés du nombre de salariés souhaitant prendre leur retraite au plus tôt, si possible par le biais d’une retraite anticipée ».
« Mauvaises organisations »
Le Dr Comte avance certaines causes à ce malaise. D’abord, la « financiarisation excessive des entreprises » qui se traduit par « une demande excessive sur la rentabilité qui redescend en cascade vers les sous-traitants ». Si « le secteur privé français a l’une des plus fortes productivités au monde, ceci a un coût humain », souligne le médecin en évoquant les suicides chez Renault. Pour le Dr Comte, les cadres sont les grands perdants des 35 heures.
Le médecin relève aussi un mauvais management notamment dans la Fonction publique qui souffre d’une « hiérarchisation excessive ». « Tout management qui ne met pas l’humain au centre des préoccupations est voué à l’échec », prévient-il en évoquant « les mauvaises organisations » avec un « turn over excessif de certains cadres » et des changements « trop fréquents d’organisation qui entraînent des efforts d’adaptation continuels et épuisants ».
Enfin, bien sûr, le manque d’emplois accentue cette pression : « Si par miracle demain 5 à 6 millions d’emplois étaient créés, les employeurs seraient contraints de revoir leurs pratiques managériales et salariales de façon à pouvoir retenir leurs salariés. »
Les remèdes ? Pour un autre intervenant du colloque, Olivier Bachelard, enseignant-chercheur à l’ESC Saint-Etienne, il faut « reconstruire un collectif de travail » alors que les pratiques actuelles tendent à une très forte individualisation. Un équilibre « difficile à trouver », reconnaît-il.
Source : Le Progrès



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